L’île vue par un « ex-météo-france »

Le moins que l’on puise dire est que l’île de Tromelin ne laisse pas ses visiteurs indifférents. Les ressentis sont assez variés à en croire les récits et compte-rendus où chacun exprime vivre de manière particulière cet isolement sur ce kilomètre carré de sable avec l’océan a perte de vue. Partons à la rencontre d’un de ceux qui sont allés à Tromelin pour se frotter à la solitude, aux embruns et aux alizés.

J’ai eu la chance de pouvoir interviewer Jacques Quillet (FR5ZU), technicien météo à la retraite. Pendant de nombreuses années, ses activités de radioamateur offraient l’opportunité d’effectuer un contact avec les îles Eparses. Bien que nos échanges se soient focalisées sur Tromelin, son « univers » n’était pas cantonné à cette île puisqu’il intervenait sur l’ensemble des Eparses. Témoin de l’évolution des conditions de travail et de vie, Jacques a gentiment accepté de revenir sur 43 années d’iles…..

Les Eparses…

Son premier contact avec les Éparses remonte à 1967, année où il effectua une séjour de 7 mois (juin 67 à janvier 68). Toutefois, il ne foulera le sol de Tromelin qu’en mars 1971. Cette mission de deux mois en tant qu’observateur météo sera la première d’une longue série puisque Jacques en a effectué 23 (de plus d’un mois) rien que sur Tromelin, qui, me confit-il reste sa préférée car elle est petite et qu’il n’y a pas d’autres services.

Le travail depuis la station météo…

En ce temps là, les équipes étaient composées de 4 personnes, deux techniciens météo et deux aides ou manœuvres. De vrais Robinson Crusoe ! Un était affecté à la cuisine tandis que l’autre s’occupait des groupes électrogènes et veillait à la fabrication de l’hydrogène pour les ballon-sondes. Contrairement aux esclaves de l’Utile, bloqués sur l’île pendant 15 ans (1761-1776), de bons repas, une bonne ambiance et une garantie du retour permettaient de « profiter » du séjour, loin de la famille.


Jacques FR5ZU

La période post-1980 était selon Jacques la plus agréable. Le budget alloué par le MEDETOM permettait d’acheter, et d’entretenir le matériel de la station météo. Dans la majeure partie des cas, l’alimentation était limitée à 10h par jour, fournie par des groupe électrogène. A un moment, des éoliennes ont été installées et assurait à la station de Tromelin une autonomie énergétique. Comble du luxe, le courant électrique était disponible 24/24h! Exploitée pendant une dizaine d’années, cette technologie n’a pas été conservée, faute de personnel de maintenance qualifié.

Les évolutions marquantes ont été la durée des séjour (plus courtes), une meilleure alimentation et liaisons radio puis l’arrivée d’Inmarsat avec les observations transmises par satellite. Enfin, les liaisons Transall tous les 45 jours….

Dans les années 80, l’introduction des stations d’observation automatisées à petit à petit pris le dessus sur les relevés manuels. Sans transmission automatique des données, elles n’étaient dans un premier temps qu’une aide. Les observations de 18h et minuit utc étaient stockées en mémoire et récupérées le matin puis transmises en phonie vers la réunion à 3h00 utc au moyen d’un émetteur Thomson 100w et d’un dipôle en V inversé, placé au raz du sol pour le protéger des cyclones.
Bien qu’il n’ait jamais vécu de cyclone pendant une mission, il est intervenu à de nombreuses reprises en tant que responsable de la maintenance pour tout remettre en état. Vers 1995, la deuxième vague de l’automatisation sonna le gla puisque les donnes étaient transmises automatiquement par satellite.

Concernant les lancers de ballons-sonde, un « radio-vent » était utilisé dans les années 60 (émetteur 403 Mhz avec un baromètre qu’on suivait avec une antenne directive). Puis, au fil du temps, de nombreuses techniques sont apparues pour aboutir avec un système GPS couplé à des capteurs de température, pression et humidité. Les lancers ont été suspendus dans les années 2010 puis transférés à la Réunion, Aéroport de Gillot.

La radio…

En 43 ans, près de 932.000 contacts ont été réalisés sur l’ensemble des îles dont un peu près la moitié depuis Tromelin. Le reste est a répartir sur les autres missions: Europa (9), Juan de Nova (8), Glorieuses (5).

La station était composée d’un Swan 350 et de dipôles mono-bandes. Plus tard, un FT DX 500 puis un FT850 accompagné d’un amplificateur ont pris le relais. L’antenne verticale multi-bandes Cushcraft R7 a remplacé les filaires.

Celle-ci était bien adapté à ce genre de mission, de par son faible encombrement, son angle de rayonnement bas et sa capacité à encaisser la puissance délivrée par l’amplificateur.

Les périodes d’alimentation en électricité permettaient de profiter de belles ouvertures vers les USA (1h30-5h00TU) bien que la propagation soit excellente toute la journée depuis cette partie du monde.

Une anecdote…

« Le 14 novembre 1976, je fais un contact depuis Tromelin avec une station jordanienne. Tout se passe bien et le QSO est chaleureux avec une bonne propagation. Nous parlons de notre matériel, de la météo… puis il me dit qu’il est le Roi de Jordanie. Surpris (je pensais à une blague), je lui rétorque sur le ton de la plaisanterie que je suis la reine !
A mon retour à la Réunion, j’ai trouvé la carte QSL de JY1 Hussein, Roi de Jordanie et sur la carte la mention: ‘’ On the occasion of the 41st birthday of his Majesty King Hussein of Jordan’’.

Nous avons fait d’autres QSO sur les autres iles et depuis la Réunion. Il m’a même invité à venir le voir en Jordanie. Je ne suis pas allé et je le regrette; c’était devenu un bon copain! »

Remerciement…

Merci à Jacques d’avoir partager ces souvenirs et de nous avoir fourni moult détails et documents. Je vous invite à visiter ses deux sites internet http://jacques.quillet.pagesperso-orange.fr/  &   http://www.iles-eparses.fr   qui regorgent d’informations.

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